1.2.3.Soleil!

 

.01. Je m'étais décidé, depuis pas mal de temps : de découvrir le bonheur accessible.

             J’ambitionnais de voir de mes propres yeux d’amateur éclairé, ce mystique lever de soleil qui nous ! vous réveille chaque matin à travers nos volets clos. Le lieu choisi de longue date, nullement pas hasard fut et seras au sommet de cette montagne, bien nommée :le Mont-Né, emblématique cime délimitant une frontière invisible entre deux vallées bien distinctes ,la Barousse et ce Luchonnais dormant en permanence sur ses deux oreilles pour causes d’acouphènes. Combien de ces habitants savent ?que ce bonheur se trouve à portée de vue ?.En vérité ! je vais vous le dire ! très peu !!.

          Cet astre ,ne nous demanderas nullement notre avis que de , sans rechigner ! nous poursuivre toute la journée de ses rayons ardents ,intelligents ,malheureusement de plus en plus souvent :agressifs à cause de nos imprévoyances à nous protéger efficacement. Je ne l’attendrais pas très longtemps ,l’astre étant toujours à l’heure, jamais en retard .Il suffisait de se lever avant l’aurore ,d’en avoir la volonté de grimper à l’heure où tous les gens dorment ou se font le premier câlin d’une matinée à ramer dans les coulisses d’un vie ordinaire.Moi ! contre toute attente !sans trop me poser de questions, j’allais regarder l’extraordinaire ; au sommet de cette butte si débonnaire.

          Levé à trois heure du mat, petit déjeuner rapidement envoyé, sac à dos rempli de munitions alimentaires ,je démarrais ma vielle automobile crachant , suant huile et fumées , contrebalancée d’une improbable fiche comme celle d’une critère huit n’existant plus depuis des lustres .J’avais cette chance ! cette auto de collection vielle comme Sodome belle comme Gomorrhe, pourrait polluer sans vergogne, protégée par cette lacune sortie tout droit d’une administration foutue .

.02.Direction ! le fond de cette vallée d’Oueil .

        Malgré la pleine lune, il faisait nuit noire dans la combe de ce port de Pierrefitte , endroit pas trop engageant de nuit ! le vallon recouvert de forêts de pins, sapins et feuillus, me tendait son sentier raviné par la fonte des neiges . Equipé d’une lampe frontale dernière génération, outils efficace dans ce noir absolu, cette loupiote me sauvera la mise quantités de fois . Je ne m’élançais pas sans une légère appréhension, enfin ! pas si petite que ça ,je vous l'avoue, l’histoire de cet ours en cavale après les brebis et moutons, avait refait surface ces derniers temps, rien n’indiquait que je ne le croise pas au détour du sentier ou dans l’herbe recouverte de rosée ,en train de dévorer goulument de la myrtille sauvage. Les audacieux ont de toutes les façons ! l’avenir devant leurs galoches. Je me dirigeais vers ce chemin de Pays non sans appréhension . Je serais accompagné par une multitude de bruitages, de sons inconnus en pleine journée, à la fois lugubre ! à la fois enchanteurs ,à la fois subtils . Je filais sans demander quoi que ce soit à cette faune bruyante, en complète liberté certainement en train de m’épier ,de me soupeser sous la sombre frondaison. Tous ne se trouvaient nullement sur leurs gardes, tellement l’intrus que j’étais ,traversait leur coin de nature sans demander son reste .

       La lune ne perce pas encore de sa blafarde lumière, ces maigrichons nuages de brumes persistantes, il y fait très noir. Je distingue à peine la direction , les marques jaunes repeintes avec frénésie par les bénévoles sont inexistantes dans cet obscur autocratique, la prochaine fois ! faudrait peut- être voire à les faire en jaune fluo ?.

       Je sortais de la ramure ,j’écartais sans vergogne les divers branchages me gênant dans une progression devenant hasardeuse . J’allais, enfin ! retrouver la pierre, les cailloux, la montagne quoi ! hypothétiquement ! de rudes névés tardifs ? se refusant à laisser la place à la verdure. Ces barrières de glace se mettront en mon travers, me feront obliquer sur ma gauche, sur ma droite, jamais en droite ligne, comme obsédées de me percevoir en danger de ne pas savoir par ou passer, tout en me faisant prendre des risques inconsidérés . Autre chose me surveillait : une planète morte qui ,désormais m'accueillait de sa luminosité laiteuse, elle ne me réchauffait nullement, me faisait froid dans le dos .

.03.Communication Lunaire sur fond de solitude.

     Elle s’appelait : Lune , semblait me dire:

-Qui est tu ? d’où viens-tu ? pour me déranger à pareille heure ! la nuit n'appartient pas aux mortels ?.

         Cette demoselle !de pique allait, pour me rassurer ,peut-être aussi par gentillesse ? me garantir le minimum de lumière, jusqu'au bout de cette longue randonnée nocturne, enfin ! je l’espérais. Cette grande dame déchue en avait encore après Neil Armstrong, surveillait comme le lait sur le feu les préparatifs pour une nouvelle invasion .Je l’apostrophais !allais la détourner de ses mauvais souvenirs d’un alunissage en 69.

- De toute les façons ! il fallait bien que je parte de nuit, pour découvrir la beauté visuelle d’un soleil que j’espère de feu ! .

-Dépêche-toi l’ami...........je vais rendre mon tablier dans peu de temps...et j’ai mes marées à régler !il s’en vas de votre survie !.....

-Combien de temps nous reste ‘ils ?....................

       Elle !débonnaire, sans rougir, ne me répondras pas, tournant le dos à cet imprévisible qui m’accompagnait. Elle ? s’en fichait ?en tant que satellite ? ou ? en tant que future base terrestre . Retournait se bronzer dans sa mer de la tranquillité en attendant de voir ,certaine de voir cette planète bleue finir en cacahuètes .(je vous l’avais bien dit ?).....

        Déséquilibré par des racines tyranniques ,je chutais légèrement, mon pied droit n’avait pas vu cette méchante caillasse incrustée dans la tourbe débordante de ce sol raviné par le dégel . La galère débutait, je glissais ,reculais.

       Avec un soupçon de remord !la lune semble un instant décontenancée de me voir en difficultés , parait après coup ,s’apitoyer, pour finalement se gausser de moi.

-Amateur !! tu n’es qu’un amateur !

-Vous êtes dure avec moi ?. La mer du Bien-être déborde de cette hilarité planétaire.

        Je me relève, rien de cassé , juste une griffure, égratignure secondaire, pas de quoi me faire un roman mystérieux comme je les aime.

-Rien de cassé ?..l’os en plume ? ........................

       Je regardais ce satellite inerte, lui posais une seconde question .

- Tu ne perds rien pour attendre, la prochaine fois ? je prendrais mes jumelles, et la !! on verras bien qui rira le dernier.

               Imperturbable, voyant les ténèbres s’éloigner, finalement vexée d’avoir un gars qui avait du répondant ; elle ne bronchera pas, me laisseras continuer entre chien et loup.

.04.les derniers mètres.

      Je file , l'heure devient tardive ,avance inexorablement , le soleil ! lui ! n'attendras pas . J'arrivais à ce col, perché à mille six cents mètres , affublé d'un énorme cromlech qui me semble m’indiquer la direction à prendre. Ce dernier ,problématique compteur de visiteurs, se trouve là, enfoncé dans le calcaire depuis des lustres, guidant ,orientant les randonneurs égarés dans le brouillard, les marcheurs du dimanche désirant se baigner recouverts de baume après rasage dégueulasse dans ce lac tout proche. Reste six cents mètres à gravir, l'aube n'est plus très loin, se devine déjà. J’accélérais de mon pas décisif, les premiers virages seront négociés à une allure phénoménale, il fait frais, presque froid en cette nuit de début mai, ma petite laine m’est d’un grand service. Le miracle lunaire derrière moi, semble ! délibérément, me pousser sur cette pente caillouteuse, mes bâtons ; malgré les embouts métalliques glissent , je m'accroche à la rare végétation accrochée à la pente ,cette dernière devient par endroit , abrupte, glissante , je négocierais âprement la difficulté, ce n'est pas le moment de tergiverser. L’étoile solaire n'attends pas elle ! .

       Il est déjà cinq heure quarante-sept. Presque six heures, une extravagante luminosité se profile dans l’horizon, m’attire irrémédiablement . Cela devient franchement ,comme un tableau de maitre, un somptueux jeu de lumières composées de couleur multiples qui semblent se partager cet espace lointain. Il ne faut ne pas rater ce moment délicieux, miraculeux ,faire le nécessaire, pas le temps de boire, d'ingurgiter le petit croissant chimique acheté de la veille, fourgué dans le sac en vitesse cette nuit . Il me faut avancer, gravir encore et encore ! toujours plus haut !. Ce n'est pas raisonnable de ma part !je ne vais pas y arriver à temps ! deux, trois hectomètres plus loin ,dans le lointain, je distingue ce fameux cairn qui m’indique la fin de la souffrance . A portée de voix , pas encore à portée de mes Meindels, je touche au but .

          Encore un effort, déjà 1100 ml d'avalés, c'est ardu en pleine nuit. Ma frontale commence à donner des signes de faiblesse, chaque cailloux doit être inspecté, scruté avant d'être avalé par une précise enjambée qui ne seras plus jamais distraite. Plus que cent mètre de dénivelé, je me mets à courir, cela semble stupide ?.Je ne peux rater ce moment magique qui m'attend, je ne reviendrais pas tout de suite ? les vacances !qui ne sont pas éternelles ? s’achèvent. Cent mètres de D+ c’est ! en temps normal quinze minutes pas une de plus !.Je vais les faire en moins de dix ! un exploit pour moi, le vieux débile qui s'acharne à grimper en pleine nuit C'est bon ! j'y suis , je me détourne un instant, la lune semble applaudir mes chimériques exploits .Elle semble me dire !

-C’est bon tu n’as plus besoin de moi, je peux me casser ?.

.05.Le véritable bonheur d’être sur cette terre.

                       L'horizon se met à s’empourprer , la petite courbure de la terre semble se revêtir d'une robe , d'un arc de couleurs multiples. Le pied en magnésium, rétractable , l’ APN , sont fin prêts, matériel léger, heureusement. Ma fatigue va disparaitre comme par magie, je suis réellement enflammé, enthousiasme ,exalté devant le spectacle totalement gratuit qui va pouvoir commencer, je cherche le meilleur endroit , surtout ! être aux premières loges , au meilleur spot photographique, il s’en vas de ma renommée. Les alentours, doucement ,sans aucun bruit que celui du vent léger , se réveillent de leurs couleurs changeantes ,c'est magique .Mise dehors par plus fort qu’elle, la lune va !et tireras sa dernière révérence d’une minute à l’autre, disparaitras, remplacée par notre astre merveilleux qu'est notre astre de vie . Une lutte sans merci s’engage ,la planète morte est vouée à disparaitre, ne demande pas son reste, elle restera dans ce ciel complètement dépourvue de clarté jusqu’au soir.

              Le point lumineux apparaitra, petit, ensuite, grossira ,pour devenir énorme de grandeur .L'horizon s'embrase, c’est prodigieux, féérique ,phénoménal, c'est beau tout simplement, l’émotion va me submerger, c’est difficile d’en être indifférent .Une masse de lumière surgit va ! progressivement commencer par m' envahir de sa chaleur douce. Avec le zoom télémétrique il se trouve être le colossal, infiniment grand , gigantesque patron d’une galaxie étonnante de régularité, j’en reste scotché .Mes yeux clignotent de ténacité , promptement ,sur mon visage , mes lunettes de protection, cela devient indispensable , la cécité devant cette lumière est un risque à ne surtout pas prendre .La boule de feu grossit encore et encore, ne s’arrête plus, ,commence à s'élever, doucement, remplit complètement l'espace, je suis atterré devant ce spectacle prestigieux rien que pour moi .Pendant quelques secondes ! la vie s’arrête. ? j’en suis persuadé qu’à ce moment précis, tout pourrait basculer dans l’horreur .

       Mais non !! c’est bien en marche ! tout n’était qu’interprétations dans mon cerveau minuscule incapable le de réagir dans cette configuration originelle.

.06.Le ROI est mort ! Vive le Roi !

      Je déclenche à toute vitesse cherche tous les réglages possibles . La lune écrasée par toute cette lumière va définitivement disparaitre, tirer sa révérence de ce ciel limpide, certainement vexée ? mais , encore présente. Elle laissera progressivement sa place pour notre astre principal , bien fait pour elle

-A ce soir pour la pleine et entière de prévue.

                Elle s’est définitivement éteinte,ne me répondras plus.

            C'est féérique, pas de brumes, pas de pollution , rien, pour cacher cette magnificence, déjà cinq minutes ont passées l'astre est enfin ROI !! .Le roi est mort ? non ! il est bien vivant !!.Le roi nous adresse une lettre de cachet ? non ! simplement une invitation à le regarder. La dame de Pique , son valeureux valet de trèfle, sont partis régler ses marées d’équinoxes.

          J’ai comme cette impression d'être véritablement le prisonnier de ce module flamboyant , il va m'envahir , littéralement me posséder ,me digérer , je ne pourrais évidemment pas me défendre , qu'accepter ce destin journalier,singulier, obligatoire . Dorénavant , il en tiendras les commandes de cette future belle journée nette de nuages jusqu’au soir. Les collines environnantes commencent à se vêtir de couleurs sucrées , j’en commence à distinguer le troupeau de cervidés croisé cette nuit. Je suis sur une planète pure, angélique, immaculée , mais je rêve tout éveillé ? .Tout cela n'est que factice ,pas par la volonté des hommes enclins ,eux ! à tout casser ce qui peut être le plus beau : la création journalière !.

         Dans très peu de temps je vais retrouver les vissicitudes de mes contemporains , moi le premier, je piétinerais ces sentes ravagées par les rudes chaleurs . Par mégarde ,bien sûr! rassurez-vous ! je ne marcherais pas sur ces petits insectes, ces jeunes pousses , ces pistils ouverts aux indispensables abeilles, ces flamboyantes pétales de fleurs. Je ne ferais pas de feu, ne cueillerai pas ces myrtilles réservées aux brebis et moutons. Le déploiement spectaculaire de lumière s'apaise enfin , devient stable presque jaune, la clarté diurne est devenue la règle sur cette montagne, sur la plaine au loin aussi loin que mes yeux perçoivent ,tout un écheveaux de lignes et de formes apparaissent dans ce lointain parfumé de pollution indigeste .

           Les randonneurs ,vacanciers, vont pouvoir de-nouveau prendre possession de cette terre presque sauvage. Je commence à remballer, je vais quitter ces lieux magistralement adaptés à cette flamboyance, je laisse ma place et quelle place ? . La fatigue, comme par miracle à disparue, je suis un individu refait à neuf ! l'astre solaire m'a requinqué , m'a transformé !! Je suis presque devenu un autre homme !! .Les images défilent dans ma tête... et quelles images ! . Ils m'en faut d'autres , de nouvelles, toujours et toujours, jusqu'à à la fin de mes possibilités d'arpenteur d’une montagne magique. Je donnerais un autre RDV à cet astre, un prochain soir, pour son évanouissement derrière notre Ouest . Les lumières seront t'elles différentes?. Je suis de nouveau prêt .à remonter sur cette butte ............

.RIEN QUE POUR VOIR : La mer de la tranquillité s’endormir devant moi. ..........

Jean Decier..........

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